Cabinet Casamitjana
Psychopraticien - Counselor à Paris 13

Précocité, Haut Potentiel : éléments

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Contenu

Le texte comprend une introduction panoramique qui brosse le sujet et des approfondissements sur les thématiques suivantes :

  • Qu’est ce qu’un HPI ? Aptitudes et difficultés
  • Les difficultés de l’enfant précoce et de ses éducateurs
  • Le précoce en psychothérapie
  • Les principaux apports de la Gestalt – en bref.
  • Une annexe sur le QI
  • Une bibliographie

Il m’est apparu que la question des précoces est, en termes de développement, celle d’un environnement suffisamment bon ou pas, et en termes de narcissisation et de représentation de soi/autres, celle de la différence.  

Introduction panoramique

Quand j’étais enfant, le mot précoce n’était pas si répandu que ça. En fait il était utilisé pour par parler des pré-adolescents dont la puberté se produisait à un âge plus jeune que la moyenne.

Pour parler des enfants qui faisaient preuves de dispositions intellectuelles que l’on s’attendrait à trouver chez des enfants beaucoup plus âgés, c’est le mot surdoué qui était plutôt utilisé. Et encore était il réservé aux enfants bien adaptés scolairement qui se plaçaient systématiquement en tête des classes (il y avait un classement), qui sautaient une ou plusieurs classes…et qui savaient rester polis.

Les aptitudes de ce profil d’élève se trouvaient corrélées avec des scores élevés aux tests psychotechniques qui mesure les compétences intellectuelles notamment aux tests dits de « QI » (Quotient Intellectuel).

Et de fait, c’est d’abord via l’institution scolaire qu’il a été question de précocité intellectuelle.

Les enfants concernés ont fait l’objet d’études spécifiques qui se sont accompagnés de la recherche de termes un peu plus appropriés que « surdoué » pour qualifier leur spécificité, ce qui a aboutit aux termes de Haut Potentiel Intellectuel, Précoce, notamment.

En même temps, il est apparu que les compétences intellectuelles élevées correspondaient à un fonctionnement cognitif spécifique, c’est-à-dire que les enfants concernés ne réfléchissaient pas simplement plus vite, mais qu’ils réfléchissaient différemment, disposaient souvent d’une sensibilité différente de la moyenne, (de la majorité, de la normale statistique, …) et les moyens de détection se sont affinés.

Au fil du temps, il est apparu que certains élèves qui se trouvaient en échec scolaire grave, en détresse psychologique (vous savez, certains de ces cancres qui ne font rien près du radiateur au fond de la classe), faisaient preuve aussi de compétences intellectuelles hors normes lorsqu’ils étaient soumis à des tests psychotechniques. Et que dans leur cas, l’échec scolaire (l’échec de qui d’ailleurs, le leur ou celui de l’institution scolaire ?), résultait plutôt de l’inadéquation entre les besoins relatifs à leur fonctionnement cognitif et sensible avec la manière dont l’institution leur délivrait un enseignement.

L’attention de l’institution, des parents, des chercheurs s’étant porté sur ce thème, il est ensuite apparu :

  • que certains enfants discrets, bien adaptés mais très « normaux » possédaient aussi des compétences hors normes qui se trouvaient occultées et plus loin,
  • que quels que soient les résultats scolaires, beaucoup de ces enfants se trouvaient en contact avec un environnement différent d’euxmêmes dont ils ne partagent pas le fonctionnement, qu’ils ne comprennent parfois pas du tout, qui leur est aussi parfois aussi insupportable et qu’ils en souffrent de manière plus ou moins aigüe, plus ou moins apparente et consciente
  • et qu’en miroir, ils ne sont souvent pas compris voire peuvent être rejetés s’ils n’arrivent pas à s’adapter un minimum, et que leur environnement peut souffrir à leur contact (centres d’intérêts déconcertants, hypercuriosité et questionnement, hyperémotivité, décalage entre les capacités cognitives et affectives, grosse demande d’attention ou hyperactivité pour certains, …)
  • que des adultes n’ayant à priori rien de spécifique possédaient aussi un fonctionnement cognitif/sensible de type « précoce », accompagné bien souvent d’un sentiment de n’être pas comme les autres, de n’être pas à leur place, d’être passés à côté de leur vie, quand il ne s’agit pas de malêtres informulés, plus ou moins graves, pouvant aller jusqu’à des troubles du comportement ou de l’humeur.

 

 

Les tentatives de caractérisation de la précocité, et la réalisation du fait que l’on ne devient pas précoce, mais que l’on on nait précoce et qu’on le reste toute sa vie, se sont traduites pas l’utilisation de plusieurs termes relayés par les ouvrages grand public :

  • Enfants Intellectuellement Précoces (EIP) pour l’Education Nationale
  • Hauts Potentiels Intellectuels (HPI) qui traduit les compétences intellectuelles,
  • Zèbres, qui met l’accent de manière sympathique sur un fonctionnement cognitif/sensoriel différent, c’està-dire une manière d’être au monde qui ne correspond pas à la moyenne, dotés
  • Doués, dotés de Douance qui ouvre le Haut Potentiel à d’autres domaines que ceux qui sont qualifiés habituellement d’intellectuel (comme le domaine artistique, la musique,
  • ….

 

La précocité n’est pas une pathologie en soi, bien-sûr. Dans les cabinets, enfants ou adultes, nous recevons un public en souffrance ou considéré en souffrance et, pour ce qui concerne les HPI, on pourrait décrire cette souffrance comme résultat d’une pathologie de la différence ou de l’adaptation, c’est-à-dire qu’elle se développe au fil des difficultés rencontrées dans les tentatives d'entrer en relation avec un environnement qui ne peut pas répondre de manière suffisamment bonne aux besoins de développement de l’enfant, le conduit à s’exclure ou bien à s’adapter en incorporant les modèles présentés par les autres et finalement, en opprimant ce qu’il est .

 

 

C’est quoi un HPI ? Ses aptitudes ? Ses difficultés ?

 

Un HPI, EIP, un précoce, etc… dispose

-         de caractéristiques intellectuelles, s’éloignant de la norme. Pour simplifier, on parle de EIP lorsque le QI (cf. plus loin) est supérieur à 130.

           Mais aussi de caractéristiques émotionnelles et sensorielles particulières,

-         de caractéristique relationnelles et affectives décalées, « hors-norme »
 

 

Ce sont, en gros, des gens qui réfléchissent vite, (la vitesse de circulation de l’information le long des dendrites des neurones est plus élevée), qui ne réfléchissent pas de manière linéaire mais en faisant appel simultanément à différentes zones de leur cerveau ( caricaturalement ils utilisent leur cerveau droit avec leur cerveau gauche)  si bien que leur pensée fait intervenir aussi des bien des concepts que des sensations, des sentiments, des émotions liées à des souvenirs, etc… et fonctionne en arborescence ou en réseau, …

Des gens qui disposent souvent de :

  • perceptions sensorielles augmentées : entend plus de choses, voit plus de détails, plus sensible au goût et à l’odorat (donc parfois dégoûts prononcés)  
  • capacités mémorielles importantes : stockage d’informations qui pourront servir plus tard,
  • hypersensibilité émotionnelle et donc réactions non standards (films, histoires, situations, tensions...)

Ils sont relativement rares, mais finalement pas tant que cela, environ 2% de la population.

Se détecte avec des tests psychométriques et notamment les tests de Wechsler dits de QI (WPPSI, de 3 à 6 ans, le WISC IV et WISC V, 6 ans à 16,5 ans, le WAIS, à partir de 16 ans et adulte. Un QI total est évalué à partir de 4 indices :

  • ICV, compréhension verbale, logique et abstraction, compréhension des valeurs
  • IRP, raisonnement perceptif, déduction, raisonnement visuo-spatial
  • IMT, mémoire de travail (auditive et verbale)
  • IVT, vitesse de traitement (avec travail graphomoteur)

 

La valeur de QI ne suffit pas seule. Il existe des gens dont le QI est supérieur à 130 et qui ne peuvent être qualifiés de HPI dans la mesure où leur fonctionnement cognitif est « standard ». Raison pour laquelle c’est un spécialiste psychologue qui doit faire passer et interpréter les tests.

 

Ces aptitudes peuvent leur conférer des facilités d’apprentissage et plus tard dans l’exercice de leur métier quel qu’il soit, ou dans le domaine de la création artistique.

 

Comme elles relèvent d’une différence par rapport à une grande partie de la population, qu’elles ne concernent pas seulement le fait de penser ou d’apprendre plus vite, mais la manière de réfléchir, de sentir et de ressentir et donc littéralement de percevoir leur environnement et de le contacter, elles s’accompagnent souvent d’une difficulté à entrer en relation de manière habituelle et à ce que leur environnement entre en relation avec eux.

Ceci peut se produire dès les premiers âges et le parent peut éprouver des difficultés à réguler pour le nourrisson puis le petit enfant un flux continu d’affects intenses.

Ces aptitudes peuvent aussi constituer « handicap » s’il ne leur est pas donné la possibilité de se développer en entrant en contact avec leur environnement d’une manière qui respecte qui ils sont

  • Directement, dans les cas où ils n’ont pu apprendre à contrôler ce mode de fonctionnement de leur cerveau, ils peuvent se trouver submergés, en surchauffe ou encore se perdre alors qu’il s’agit de répondre à une simple question soit parce qu’ils se perdent dans une arborescence d’associations soit parce qu’ils ne comprennent pas le contexte de la question (exemple : le Prof de 4ième : « Pourquoi dis tu que tu ne sais pas pourquoi le fer rouille ? » l’élève EIP : « Et bien parce que je ne connais pas exactement le mécanisme chimique de l’oxydation »)

 

  • Directement, lorsque l’adaptation au milieu familial, scolaire ou professionnel ne leur a pas été possible : c’est à-dire que le milieu dans lequel ils ont évolué, le cadre dans lequel ils ont été placé ne leur a pas permis de se développer librement et de contacter comme ils peuvent le faire.

C’est ce qui amène beaucoup d’enfant en consultation, mais aussi certains adultes.

  • Indirectement, lorsque les HPI se sont suradaptés pour s’intégrer et vivent une vie dans laquelle ils n’arrivent pas à se sentir à l’aise, se sentant toujours un peu à côté, ne comprenant pas toujours les autres, etc…  ce qui amène certain des HPI adultes en consultation.

Elles peuvent générer des souffrances liées à ce que l’environnement leur renvoie, notamment sur le fait qu’ils soient différents ou liées au fait de ne pas pouvoir entrer en relation librement en se sentant à l’aise car il leur est nécessaire pour ce faire de se mettre au diapason.

 

 

Les difficultés de l’enfant HPI … et de ses éducateurs

 

 

Dysrégulation émotionnelle, parfois dès les tous premiers stades du développement : l’écart entre les besoins du nourrisson et ce que peut lui procurer son environnement réel, notamment sa mère, fait que le nourrisson EIP est plus souvent qu’un autre confronté à des situations de dysrégulation émotionnelle ; d’où la fréquence des mécanismes de dissociation chez ces personnes.

La perception aigüe et très large du monde environnant génère des affects intenses et nombreux que l’EIP qui peuvent le submerger et qu’il peut ne pas arriver à réguler, ce qui peut s’accompagner chez l’enfant de comportements dits « insupportables » qui épuisent la famille et les éducateurs, et peuvent aussi éloigner les pairs. Cet échec répété arrive à générer une souffrance narcissique.

Bien des enfants EIP souffrent ainsi d’un manque d’estime de soi et d’une fragilité narcissique, même lorsqu’ils réussissent très bien à l’école, ce qui semble incompréhensible à leur entourage et aux enseignants. Peur de l’échec, timidité, influençabilité

Ce manque de confiance en soi peut se trouver régulé (compensé) par toutes sorte de dispositifs astucieux comme se lancer des défis et chercher à être le meilleur ou la meilleure, chercher la reconnaissance en se montrant altruiste, en se rendant indispensable, etc… mais qui à la longue ne permettent pas à l’individu se développer naturellement en accord avec qui il est, et donc génèrent une souffrance, souvent à bas bruit, qui peut massivement ressurgir au détour des parcours de vie.

Régulation privilégiée de l’anxiété relative au fait de ressentir « trop », d’avoir mal : Lorsque l’enfant EIP apprend à réguler ses affects il le fait avec son intelligence et bien souvent les contient plutôt qu’il ne les régule Il peut ainsi se construire un (modèle du) monde hyperlogique. Toute incohérence logique du monde environnant déclenche la résurgence de l’angoisse d’être à nouveau submergé. Et plus loin, l’arbitraire de l’autre est une menace pour le HPI car il perd le contrôle, ce qui se produit n’est pas dans le script, dans les règles et les émotions provoquées parla situation ne peuvent plus être gérées par sa capacité intellectuelle. (peut être pris pour un sens de la justice)

 

Le développement intellectuel, sur lequel repose l’essentiel de la construction de la personnalité, est une priorité et un besoin fondamental pour l’enfant HPI. : stimulations intellectuelles, de pouvoir investir sa curiosité très importante, de pouvoir être actif dans la construction de ses connaissances et de ses compétences.

Plus l’enfant sera soutenu, aidé dans la régulation de ses émotions, encouragé à s’accepter et se comprendre, plus sa curiosité et son appétit intellectuel seront larges et ouverts sur le monde.

L’ennui est réellement une cause de souffrance voire de dépression : L’ennui, et plus encore les situations d’apprentissage où l’on exige une introjection passive, sont une souffrance pour l’enfant HPI. L’enfant HPI qui s’ennuie pendant un cours ne se « repose » pas, il souffre, cette souffrance pouvant l’amener à la dépression.

Des modes et un rythme d’apprentissage déroutant : Certains EIP un développement qui ne suit pas les processus habituellement observés chez les enfants : les apprentissages ne se font pas dans le même ordre, ni de la même façon, ce qui conduit les psychologues et les enseignants à diagnostiquer de nombreux troubles (dyslexie, dyspraxie, et autres « dys »).

Certains enfants HPI acquièrent ainsi certaines compétences qui nous semblent des « préalables » à la connaissance de façon très tardive, après avoir appris quantités d’autres choses par des moyens moins orthodoxes.

Il peut arriver que des enfants soient diagnostiqués tardivement après un changement de milieu éducatif, quand leur environnement initial réprime directement ou indirectement la sensibilité et tout ce qui peut ressembler à des capacités intellectuelles (intellos) si bien que l’enfant s’est inhibé cognitivement. Le fait de se trouver dans un milieu plus accueillant pour qui ils sont, leur permet de s’exprimer, de se manifester, plus pleinement.

 

Une incompréhension et des difficultés pour les parents, éducateurs et enseignants :

Une connaissance insuffisante du fonctionnement affectif et cognitif des EIP, de leurs besoins et de leurs difficultés amène parents, éducateurs et enseignants à pathologiser ce qui n’est ni un handicap, ni un trouble mental.

Pourtant les difficultés rencontrées par certains EIP sont surmontables si on laisse l’enfant se développer librement en s’appuyant sur ses compétences intellectuelles et son appétit à acquérir des connaissances et des compétences.

Soutenir un tel développement est un véritable challenge pour les éducateurs et enseignants car leurs méthodes habituelles sont mises en échec, et cela les conduit à modifier leurs représentations et parfois leurs valeurs.

De plus, l’organisation de l’enseignement et la charge de travail importante rendent l’individualisation difficile.

De plus, l’hypersensibilité émotionnelle et certains comportements atypiques peuvent inciter les professionnels à poser un diagnostic/regard psychopathologique sur ce qui n’est en fait qu’une caractéristique « normale » pour une personne HPI.

 

Le HPI en psychothérapie

 

Motifs de consultation

Dans les cabinets, les motifs initiaux de consultation des adultes HPI ne diffèrent pas de ceux des autres patients ; cependant des problématiques spécifiques se trouvent bien souvent saillantes :

En ce qui concerne les enfants, ils arrivent souvent peuvent arriver dans les cabinets parce que des fonctionnements atypiques ont été détectés en classe ou à la maison (dys-quelque chose, refus scolaire, problèmes d’intégration sociale ou harcèlement, hyper-émotivité et donc crises problèmes dans la régulation des émotions et de la frustration, etc.…)

Des spécificités vont souvent apparaître qui vont conduire à se poser la question du diagnostic HPI, qui comme indiqué plus loin est une question fondamentale dans la mesure où elle touche à la fois la compréhension du fonctionnement des besoins de l’enfant (et de l’adulte) et aussi sa parce qu’il s’agit d’une donnée identitaire à intégrer dans la représentation de soi qui va donner du sens au vécu de la personne.

 

Précocité

Pour certains enfants, il va apparaître très vite que dans certains domaines, ils possèdent des compétences qui se trouvent bien au-dessus de la moyenne de leur âge que ces compétences soient reconnues scolairement ou pas.

Ceci peut être assez déconcertant pour le thérapeute. Par exemple lorsqu’il se trouve de manière pertinente interpelé sur le sens de son travail et sa manière de travailler ou même de traduire ses émotions après quelques séances avec un pré-adolescent.

 

Hypersensibilité, émotions et traumatismes

L’enfant HPI perçoit et mémorise une grande quantité d’informations souvent émotionnellement perturbantes, y compris des éléments qui ne le concernent pas directement.

Par ailleurs l’enfant HPI aura pu du fait de sa différence, des difficultés d’adaptation (cf. plus haut) souffrir d’incompréhension, de brimades, etc. ...

Les événements traumatiques habituellement évoqués par les patients (mésententes familiales, violences, divorce, climat familial incestuel, déficiences parentales) sont présents mais semblent avoir (eu) un impact plus important qui peut donner l’impression d’une disproportion et faire douter le praticien de ses repères-

L’adulte a aura besoin de regarder tous ces éléments pour effectuer un tri, une évaluation, et se construire une image cohérente de ces événements, ce qu’il ne pouvait pas faire en tant qu’enfant.

En cabinet, lorsque le consultant HPI n’est pas « coupé » (cf. ci-dessous), il peut être émotionnellement « à fleur de peau », apportant beaucoup d’informations et d’éléments au thérapeute au risque de le submerger, acceptant difficilement une attitude directive du praticien tout en attendant beaucoup de lui.

 

De la représentation et du sens

La construction intellectuelle d’un monde prédictible pour se protéger des émotions a été mentionnée plus haut. Le besoin de formuler ce qui est vécu, ressenti ou compris, avec des mots adéquats, et de se construire des représentations cohérentes de ce qui lui arrive, de son histoire, du processus même de la thérapie est un besoin fondamental.

L’activité de construction de représentations est très importante et constante. Le consultant HPI ne peut pas « juste sentir ». Et la rapidité de ses processus de pensée fait que ce patient ne communique à son thérapeute que certaines des étapes d’élaboration de sa pensée ce qui peut le rendre difficile à suivre. Le patient EIP n’est généralement pas intéressé spontanément par ce que les gestaltistes nomment le « dépliage », il s’y intéressera, comme aux autres méthodes de travail, s’il a l’impression d’en apprendre quelque chose. Son besoin de « comprendre » n’est pas un évitement de ses ressentis qui sont souvent intenses, mais répond à la nécessité de les canaliser et de leur donner sens.

La contrainte existentielle de recherche de sens est souvent vécue douloureusement à travers le sentiment, non partageable le plus souvent, de vivre dans un monde qui n’a pas de sens, une scolarité qui n’a pas de sens, où on lui demande des choses absurdes qui lui semblent ne servir à rien (faire des exercices d’application, des devoirs à la maison par exemple) tout en ne répondant pas à ses besoins. Ce sentiment de l’absurdité du monde se prolonge souvent à l’âge adulte et nourrit une forme de désespoir de pouvoir un jour « se sentir bien » et en harmonie avec le monde.

 

Rompre l’isolement – l’ennui

De plus, les HPI mentionnent souvent une capacité à se couper mentalement de l’environnement, une capacité à la présence- absence. Ce fonctionnement a pu être à l’origine une protection contre l’ennui ou une résistance à l’insupportable. Cette forme d’isolement s’impose dans ses relations de façon inadéquate, y compris en séance, mais régresse progressivement au fur et à mesure de la construction d’une nouvelle sécurité affective et narcissique.

 

Se situer

Les enfants précoces ont souvent une difficulté à se situer par rapport à l’adulte dont ils perçoivent trop tôt les limites. Le rapport à l’autorité est souvent difficile d’où parfois des difficultés scolaires et plus tard professionnelles et d’intégration. Inversement, les parents peuvent manifester une difficulté à évaluer de façon juste les capacités de leur enfant, ce qui peut aboutir à un manque de protection, une responsabilisation précoce, voire une parentification. Le sentiment d’abandon de l’enfant et son angoisse sont alors masqués par un contrôle et un besoin de maîtrise qui se poursuivent à l’âge adulte.

Image de soi et regard de l’autre – blessure narcissique et identité

Dans l’histoire personnelle de ces personnes, on retrouve fréquemment le sentiment précoce d’être différent des autres, d’être étranger parfois dans sa propre famille ou dans son groupe d’âge à l’école, de ne pas pouvoir être compris. La socialisation peut avoir été difficile en milieu scolaire, parfois dès la maternelle, avec des expériences d’isolement et parfois de rejet, de la part des autres enfants ou d’enseignants qui se sentent défiés ou menacés par l’enfant HPI.

Au collège, la pression sociale de conformité au groupe est très forte et l’enfant HPI peut faire l’objet de rejets, de moqueries, ou même d’agressions physiques. Les enseignants ont aussi plus de mal à individualiser leurs méthodes de travail pour s’adapter à ce type d’élève.

Il résulte de tout cela une sécurité de base très fragile, un sentiment permanent de dévalorisation, qui pèsent sur les relations sociales et professionnelles.

La blessure narcissique de l’incompréhension entraîne parfois le développement d’attitudes défensives de mépris et d’arrogance, et/ou la conviction d’être nul et sans valeur. Cette incompréhension est celle de l’environnement, mais aussi celle de la personne elle-même qui ne comprend pas pourquoi elle ne peut pas « fonctionner » comme tout le monde, être « comme les autres ». Ces blessures sont souvent à l’origine d’une forte résistance à l’idée de passer les tests de QI. Ce qu’il est important de rechercher et de préciser est une dimension fondamentale de l’identité de la personne.

La question du diagnostic de Haut Potentiel et l’intégration de cette donnée identitaire dans les représentations de soi seront au cœur du travail.

Une fois le diagnostic posé, le patient doit intégrer cette nouvelle donnée à sa représentation de lui-même et de son histoire. De nombreux souvenirs ressurgissent et sont relus en tenant compte de ce diagnostic et de tout ce qu’il implique. Le patient a alors le sentiment de se réapproprier son histoire. Il peut prendre la responsabilité de ce qu’il est et trouver les ajustements nécessaires à son intégration sociale, sans se reprocher d’être différent, ni attendre constamment de la société qu’elle lui donne la reconnaissance et la compréhension dont il a besoin.

 

En bref : les apports de la Gestalt

 

  • L’accueil et la reconnaissance d’un indifférencié commun : ne pas poser d’emblée l’étrangeté ou la différence de l’EIP ou de l’adulte HPI, est réparatrice

 

  • Structurer et canaliser l’expérience perceptuelle et émotionnelle dans le « contacter » là où l’enfant peut habituellement se trouver submergé, ou bien distancié via une recherche de logique intellectuelle, ou encore « coupé » : le travail progressif et respectueux sur le processus de contact permet de développer une sécurité de base. Accueillir les émergences du « ça », leur donner forme, ; poser des choix et les assumer, soutenir l’intensité du contact, aller jusqu’au bout du processus…. Le tout en respectant ses limites et en cherchant à faire à chaque fois un pas de plus.

 

  • Aider et soutenir dans la découverte et la compréhension de soi est un objectif thérapeutique essentiel et nécessite, de la part du thérapeute, la connaissance et une capacité d’accueil tranquille de ces caractéristiques.

 

 

Annexe :  Qi et diagnostic de précocité

De manière courante, il est dit que la précocité intellectuelle est associée à un enfant qui présente un QI total à partir de 130 .Cet enfant a un fonctionnement particulier (qui lui est propre) et différent de la norme (QIT de 90-110).

Il faut noter que si cette valeur de 130 de QI recouvre une réalité statistique, il s’agit cependant d’une limite arbitraire avec laquelle il convient d'être circonspect.

  • Pourquoi un fonctionnement serait dit « précoce » à un QI de 130 et non pas à un QI de 129 ?
  • Il serait plus juste de dire d’une personne ayant un QI de 130 qu’elle fait partie des 2 % les plus intelligents, au sens des tests passés, de la population. Les tests de QI sont mis à jour tous les 20 ans environ de façon que les résultats soient stables : les personnes au QI supérieur à 130 formeront toujours 2 % de la population.
  • Un QI de 130 signifie que la probabilité que le QI soit compris entre 123 et 137 est de 0.95 (95%)
  • Les tests le reflet de notre culture occidentale qui met à l’honneur certaines capacités, essentiellement :  le langage, la logique, l'abstraction, le calcul, la mémoire de travail.  
  • Comment évaluer l'intelligence d'autistes Asperger, dont par exemple, le langage est inintelligible, mais qui écrivent et lisent sur l'ordinateur depuis l'âge de 2 ans.

Par ailleurs, comme le soulignent certaines chercheurs (exemple Jeanne Sciaud-Facchin – La recherche N°381 -2004) :

« Pour Le QI ne suffit absolument pas à établir un diagnostic. Il faut l’inscrire dans le cadre d’un bilan psychologique global permettant de mieux cerner la personnalité de l’individu et son fonctionnement mental. …. trop de diagnostics sont établis sur la seule base d’un score élevé au QI total … un QI élevé peut être obtenu par une personne qui surinvestit la sphère intellectuelle et se raccroche aux aspects logiques de son raisonnement pour se prémunir d’angoisses internes violentes et destructrices. »  et ne traduira pas forcément un fonctionnement précoce.

 

Références

 


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